La mère indigne et quelques amuse-gueules
De retour une quizaine de minutes plus tard, bébé propre et endormi, il me fait plaisir de vous présenter la mère indigne et un aperçu de ses préoccupations.
Moi : Éternelle étudiante de 34 ans, ayant à son C.V. une vie de couple âgée de 10 ans, deux jeunes enfants, plusieurs cheveux gris généralement tolérés quoique soigneusement camouflés quand je n’en peux plus, pas encore de rides (disons que je n’ai pas vraiment regardé attentivement), quelques vergetures et une poitrine visible seulement au microscope depuis que j’ai cessé l’allaitement de la petite dernière. Cette dernière caractéristique contribue probablement à faire aussi de moi une intellectuelle hors pair… Enfin, c’est ce que je me dis. Atteindrais-je un jour la perfection dans l’art difficile de la maternité? Probablement pas.
Mon blogue : Non, il ne s’agit pas d’un endroit où une méchante marâtre vraiment pas gentille vous racontera des anecdotes propres à alerter la D.P.J. La mère indigne dont il est question ici est une maman qui essaie de faire son gros possible dans un monde où les guides parentaux font office de bibles pour des parents qui veulent être parfaits. Or, soit on respecte à la lettre les édits de ces manuels et on se voue à un burn-out à brève échéance, soit on accepte d’en dévier et on se condamne à la culture du secret envers le pédiatre ainsi qu’à un sentiment de culpabilité débilitant.
La mère indigne (dans ce cas précis, moi), ayant accouché d’un second enfant (appelons-la Petite Chérie Bis) il y a 7 mois et d’un premier (logiquement, Petite Chérie) il y a bientôt 7 ans, commence à accepter le fait qu’elle puisse développer sa propre expertise. Elle se sent quand même coupable (ce genre de culpabilité résultant probablement d’un gène activé avec le premier accouchement) mais elle essaie d’en revenir. Ce blogue est une invitation à partager ma quête du pas si pire et les paniques et fous rire qui en jalonnent le chemin.
Le comportement de la mère indigne : Amuse-gueules
À de rares exceptions près (Bourvil et Le chat musicien, par exemple), la mère indigne repousse la culture enfantine. Elle n’est pas intéressée au Bébé Mozart (avez-vous dit plate?) et préfère donner le biberon devant des reprises du beaucoup plus rigolo Temps d’une paix. Elle exècre Caillou (non mais, quel braillard!) et tente d’éviter, en envoyant Papa au cinéma à sa place, le film d’Annie Brocoli (on le sait qu’il faut faire attention à la planète) et celui du Manège enchanté (elle préfère sans vergogne son polar à Pollux). Par contre, elle partage joyeusement avec ses enfants sa passion pour Adamo, Claude François et autres Olivia Newton-John, perturbant ainsi à jamais leurs goût musicaux et les condamnant à une marge honteuse jusqu’à ce qu’une révolte adolescente la force à prendre son trou. Elle daigne cependant écouter Pin-Pon, Cornemuse et Macaroni Tout-garni parce que Pin-Pin, le monsieur tigre et Crocus sont quand même cutes.
La mère indigne ne veut pas croire les livres qui lui affirment qu’à l’âge de 6 mois, un enfant peut s’endormir seul dans son lit. Elle est prête à bercer bébé pour qu’il s’endorme jusqu’à ce qu’il ait, oh, environ deux ans? Il y a le fait que ce petit paquet tout chaud et plein d’amour grandira bien assez vite et qu’en attendant, on peut bien le câliner un peu. Mais un simple calcul utilitariste justifie aussi cette décision: entre 10 minutes de chaise berçante versus une heure de cris aigus et de pleurs déchirants, le choix est facile à faire. Bien sûr, tout le monde vous dira qu’il suffit de tenir tête à votre petit ange trois ou quatre fois pour que ce dernier range ses hurlements et s’endorme docilement. Mais la mère indigne, épuisée car ne croit pas non plus au fait de laisser bébé pleurer la nuit sans le consoler ou le nourrir, se donne la permission d’adopter des politiques à courte vue afin de retourner au plus vite à son polar.
La mère indigne choisit ses batailles. Une gardienne motivée décide de prendre en charge l’apprentissage de la propreté de votre enfant? Excellent. Pour votre part, vous vous en lavez les mains et attendez les résultats avec une curiosité détendue, au lieu de surveiller anxieusement les moindres signes annonciateurs de pipi et de courir à la salle de bain avec Junior 5 fois l’heure pour finir par tenter d’éponger une flaque sur votre nouveau divan. Vous choisissez plutôt d’enseigner — le plus tard possible — à votre petit les rudiments des boucles de lacets, mais uniquement s’il y a une pénurie de chaussures avec des attaches en velcro au cours des 10 prochaines années. Et si jamais on ne lui montre pas comment faire à l’école. Par contre, il vous fait plaisir de l’initier à certaines tâches parfaitement inutiles, comme le tricot.
La mère indigne a également une attitude particulière envers la nourriture, les fêtes d’enfants, la discipline, les enfants des autres, etc. Ses idées sont aptes à changer selon son humeur ou le temps qu’il fait dehors. En fait, vous découvrirez que la seule chose qui importe pour la mère indigne qui vous écrit, c’est son amour inconditionnel pour ses enfants, son admiration sans borne envers ces petits êtres qui doivent apprendre à se débrouiller dans un monde de fou, son respect de leur caractère unique et sa volonté d’être là pour mettre en valeur leurs forces et atténuer les impacts de leurs faiblesses.
Enfin, la plupart du temps.
12 octobre 2006 at 16:06
C’est marrant, je suis tombée sur ton blog il y a peu de temps et j’ai décidé ce soir de lire le début, car c’est tellement vrai. Et là, je tombe sur la phrase que j’ai déjà prononcé plusieurs fois et donc du coup, je suis sûre, c’est vrai…Le gêne de la culpabilité s’active au premier accouchement!! Et pas facile de s’en défaire, même si on le sait.
12 octobre 2006 at 16:35
Salut, sam3, bienvenue!
31 octobre 2006 at 11:54
Hola Mère indigne,
Tu me fais tellement rire ! Tes anecdotes sont très marrantes.
Moi, j’ai 32 ans et je suis père de deux filles. J’ai trouvé ton blog hier, par hasard. J’ai lu quelques pages et je suis venu voir comment ça a commencé. Alors, là, je dois avouer que je suis peut-être aussi indigne que toi en tant que père, mais pas pour les mêmes raisons.
Ma femme et moi, nous n’avons lu aucun livre pour apprendre à être pères. Et pourtant, des leur prémière semaine mes filles se sont dormies dans son lit sans proférer aucun cri.
Je n’arrive pas à comprendre comment toi et apparemment beaucoup de mères indignes peuvent resentir de la culpabilité en exerçant votre parentalité. Pour moi c’est incroyable.
Je connais, bien entendu, des mères indignes telles que tu les décris. Mais pas si nombreuses que ça.
Bof. J’habite dans l’autre bout du monde et ça explique peut-être beaucoup de choses.
A bientôt.
Ignacio
31 octobre 2006 at 15:40
Bonjour Ignacio! Merci pour ton message… J’avoue que je suis pas mal jalouse de la facilité de tes filles à dormir! Mais rassure-toi, je ne me sens pas coupable outre mesure d’exercer mon autorité parentale; ce blog veut surtout rassurer les autres qui se sentiraient coupables!
11 novembre 2006 at 9:39
eh bien, je viens moi aussi de tomber sur ton blog
adepte depuis un petit bout de
http://www.clothildesaison2.canalblog.com/ (voir saison 1 si tu as le temps) j’ai découvert via le journal de montréal ton blog…
je crois que je vais m’y inscrustrer !
mère de 3 enfants, dans la même barette d’âge ( pas encore de cheveux blanc ! pas un seul… mais quelques rides et plein de vergeture …)
j’aime l’humour dans le quotidien et surtout quand celui-ci est un peu ironique, voir sarcastique…
je suis une mère indique à 100%… ne croyant pas à ce que disent les livres mais aux expériences des mères de ma famille ( la mienne surtout, feu ma grand-mère qui en a eu 14… )
j’adore mes enfants, mais j’ai besoin de ma bulle.. ce qui occasionnent des petits moments drôles mais aussi quelques-fois des inquiétudes… mais là dessus, j’ai passé outre…
je donne ce que je peux, surtout je leur montre les bonnes valeurs..
et … l’heure du dodo n’a pas toujours été de tout repos !
j’ai déjà écrit des textes où je décriais l’image parfaite de la mère selon les fils d’aujourd’hui qui aide à plusieurs mères à se sentir coupable de ne pas “aimer” leur enfants autant… aussi parfaitement…
alors des blogs comme le tien … ça fait du bien sur la planète !
22 novembre 2006 at 17:30
J’ai découvert votre blog avec beaucoup de plaisir, c’est une pépite ! Savez-vous que la culpabilité est une maladie très contagieuse, à mon avis intrinséquement liée à la condition de mère ? Il faudrait écrire une pétition, mettre hors-la-loi tous le pédiatres/ sages-femmes/ psys/ journalistes/ voisins/ amis… et j’en passe qui enfoncent les mères, des Sysiphs qui n’arrivent jamais à remplir leur tâche !
Merci de dire la vérite, quel courage !
19 décembre 2006 at 14:20
J’ai découvert la culpabilité avec un grand C lorsque j’ai accouché et que je ne voulais pas allaiter… Je suis contente de voir que je ne suis pas la seule a me sentir coupable de ne pas etre parfaite, c’est tout simplement au dessus de mes forces!!! et, avec le bébé, viennent les commentaires et les conseils tout a fait gratuit ( et dont on se passerait bien ) de tous les amis, voisins, familles, professionnels de la santé et j’en passe. Personnes qui n’ont, en générale, pas d’enfants, ou ne se rappelle plus ce que c’est que d’en avoir
Il n’y a pas une journée qui passe sans que je me demande comment je vais faire pour passer au travers… Vos chronique sont un baume sur une plaie ouverte!!!!
3 janvier 2007 at 22:30
Bonjour Mère Indigne,
La soeur du meilleur ami de mon mari (attention, il faut bien suivre…) dit être une amie à toi (sans m’avoir dit ton nom). Lorsque je l’ai vue cette année à la veille du jour de l’An, elle m’a suggéré d’aller voir mereindigne.com - quelle bonne idée! Je commence à lire ce soir et c’est super!! Encourageant et drôle. Mille fois bravo! Continue SVP!
La culpabilité avec un grand C je connais moi aussi. Fiston qui à 10 mois ne s’endort pas tout seul et pire encore ne fait pas ses siestes tout seul non plus. Ouf! On sait qu’on n’est pas seule au monde mais ça fait beaucoup de bien d’en avoir la preuve!
Merci!!