Don’t bring ze bile
L’avantage d’être une mère au foyer (et là, je vais être très, très sarcastique), c’est qu’on peut jeter un coup d’oeil sur les émissions de télé des p’tits matins de semaine. Étrangement, elles ont la propriété d’hypnotiser Bébé et de lui faire avaler sans sourciller tout le contenu de son biberon. Mais surtout, dans ces émissions, des madames bien de leur personne et encore mieux dans leur corps et dans leur tête nous assènent quantité d’informations ont on aurait parfaitement pu se passer tout en gardant notre bonne humeur.
Ainsi, jamais avant ces petits intermèdes matinaux je n’avais pu constater à quel point la rénovation d’une garde-robe et les témoignages sur le nudisme familial me laissent complètement froide.
J’y ai aussi compris la raison exacte pour laquelle le scrapbooking me pue au nez. Mettons que ça prend deux semaines pour décorer la chambre du bébé; comptez un gros deux semaines de plus pour remplir trois pages de votre scrapbook avec tous les détails de cette merveilleuse aventure. Peut-on s’entendre pour dire que le scrapbooking, c’est vraiment, mais vraiment un sport pour les gens qui ont une femme de ménage?
L’autre jour, je faisais boire la plus petite moitié de ma progéniture devant Les saisons de Clodine. (En passant, la Cloclo, elle s’habille un peu trop sexy pour la maman moyenne encore en robe de chambre et qui fleure bon le régurgit. Le but est-il de nous faire sentir coupable, de nous amener à vouloir refaire notre garde-robe et, puisque nous sommes complètement coupées de la mode, de nous obliger à nous taper son émission avant d’aller au Carrefour Laval? Mystère.) J’avoue que Clodine m’a appris une tendance vraiment intéressante: on ne peut plus capoter.
En effet, bonnes gens, il n’est plus de bon ton de stresser. Avant, fallait gérer son stress, maintenant, il faut le relativer grâce à “l’échelle de l’anxiété”, dixit une Madame qui se brosse les dents au Rembrandt. Grâce à cet exercice, vous pourrez relativiser votre stress à un point tel qu’il deviendra ridicule de vous en faire pour quoi que ce soit.
Prenons par exemple perdre son emploi: ça peut être assez stressant, non? Sur l’échelle de l’anxiété, 1 étant “tout est tiguidou” et 10 signifiant “c’est la fin du monde!”, perdre sa job doit au moins scorer dans les 7 ou 8, non? Faux! Pourquoi? Parce que si on compare à d’autres événements traumatisants, comme perdre son enfant ou son conjoint, perdre son emploi devient aussi anxiogène que s’apercevoir qu’on a avalé une mouche en faisant du 30 km/h sur son vélo ( si on n’est pas allergique aux mouches). D’où ma conclusion: on ne peut plus capoter.
Votre fringuant mari rentre à trois heures du matin d’un 5 à 7? Considérez vous chanceuse: il aurait pu se faire couper les deux jambes dans un accident de la route. Il se fait couper les deux jambes dans un accident de la route? Rassurez-vous tout de suite: il aurait pu être mort. Votre ado fo-folle rentre à trois heures du matin et vous demande pourquoi votre limite de carte de crédit s’arrête à 4000$? Remerciez le ciel, elle est vivante! Tes voisins du haut se tapent la trame sonore de Titanic tous les soirs sur leur système de son high-tech, les haut-parleurs à fond? Chill out, poulette: tu pourrais vivre sous une dictature et te faire violer tous les jours par des soldats pas propres sous les yeux de ta mère!
D’accord, j’exagère. Mais cette idée de devoir à tout prix se calmer, reconsidérer, se comparer et se consoler me semble, elle aussi, un tantinet exagérée. Il n’y a pas que la mort d’un proche qui justifie de ressentir une grande anxiété. Disons les choses comme ça: perdre un proche est horriblement dramatique. Mais est-ce que perdre son emploi ne peut pas être très, très dramatique? Autrement dit, si l’échelle de l’anxiété fait deux mille mètres de haut et que je grimpe seulement à 400 mètres, est-ce que je suis ridicule d’avoir le vertige?
Et puis, statistiquement, perdre un être cher se produit heureusement très, très rarement. Si je mesure sans arrêt ce qui m’arrive de moche à l’aune de ce critère, je n’aurai, statistiquement, jamais vraiment de bonne raison de m’en faire. Je serai obligée de faire bonne figure pratiquement 365 jours par an. Comme dirait le coucou, mon caractère n’est pas à ce point serin.
Mais bon, de quoi je me plains? Môman à temps plein, ce n’est pas très anxiogène, n’est-ce pas? Épuisant, certes, mais point de vue anxiété, ça s’endure. Et puis, hein, je pourrais être morte! Ou pire: je pourrais décider de rénover un placard et de consigner l’expérience dans un scrapbook. Ou alors mon mari pourrait commencer à faire du barbecue tout nu dans la cour arrière.
Du coup, probablement que les voisines sortiraient leur échelle. Et ce ne serait pas celle de l’anxiété.
9 novembre 2006 at 15:19
Je sais que cet article remonte à plusieurs mois, mais je ne peux m’empêcher de réagir à ces propos. C’est tellement vrai qu’on ne peut plus capoter. Il faut être la zennitude incarnée en tout temps. Je m’excuse, mais me faire dire “calme-toi” dès que j’hausse un peu le ton ou que je panique (souvent pour pas grand chose, je l’avoue) ça m’insulte au plus point. Et le bonheur? On le mesure de la même manière? Tu es remplie de joie à l’idée d’un bon souper entre amis ou tout simplement bien, chez toi, avec ta petite famille? Ben ce n’est rien, ton p’tit bonheur minable, relativise un peu, tu pourrais gagner à la loto, là tu parles d’un bonheur qui en vaut la peine…On voit bien que ça marche pas. C’est ben beau relativiser, mais à un moment donné, il faut vivre aussi…
11 novembre 2006 at 9:53
c’est ce que je disais tout à l’heure…
la télé… la “moment” parfaite
l’être humain parfait
… et bien, moi j’ai des “montées de lait” au travail
bien sûr je relativise avec mes petits bobo… surtout quand je pense à ma copine qui a le cancer…
bien sûr je me dis qu’il y en a qui sont plus malchanceux que moi… moi qui ai un toît, qui mange tous les jours et…
mais il m’arrive d,avoir mes 15 minutes de… “mais ça va-t-y arrêter un jour”… et ensuite on continue !
m’essemble que ça fait du bien de chiâler un peu non ?