Le bébé et son manger: étude comparative
À mon avis, le problème, c’est que nous sommes omnivores. Si on ne mangeait que des petits vers de terre, comme les bébés oiseaux, on n’aurait pas le choix d’aimer ça. Or, nous avons le choix. Trop de choix. Et qui dit trop de choix, dit développement d’une habitude détestable chez l’enfant, joliment décrite par l’expression:”Hé qu’il est difficile le p’tit maudit, envoye ouvre ta bouche!”
Bien que les dés ne soient pas encore jetés pour Bébé, Fille Aînée en tout cas est incroyablement difficile. C’est en sauce? Pas bon. Grillé? Beurk. Citronné? Ouache. Sucré sans être un dessert? Pervers. Et quand ce n’est pas le goût, c’est la texture. De son propre aveu, elle préférerait que nous soyons végétariens — à la notable exception du poulet rôti et gras du supermarché, dont elle raffole. Beurk.
Le truc, c’est que j’ai trouvé un truc. Le truc qui marche vraiment. Mais, il y a un mais… Ma stratégie me chatouille à fond la glande “culpabilité”, un appendice que toute nouvelle mère vient équipée avec, oserais-je avancer si je voulais draguer un Anglo.
J’ai découvert le truc un soir que nous allions nous attabler devant un poulet aux abricots. On comprend que l’équation sauce + sucré = désastre assuré auprès de Petite Chérie. Or, avant même que celle-ci ait eu la chance d’endosser son air “je-vais-dégobiller” de circonstance, je lui ai déclaré d’un ton guilleret: “Ton défi ce soir est de manger ton poulet!”.
De la part de Fille Aînée, qui à 4 ans était déjà une championne rhétoricienne, je m’attendais à tout. D’abord, pourquoi un défi? Et qu’est-ce qui va arriver si je décide de ne pas le relever, ton “défi”?
Hé bien non, rien de tout ça. En fait, rien du tout. Elle a simplement regardé son assiette, soupiré “ah bon”, et… elle a tout mangé. Elle. A. Tout. Mangé!!! Si certains parmi vous ont des enfants difficiles, ils comprendront toute la magie qui réside dans ces quatre petits mots.
J’ai réessayé le truc à plusieurs reprises. Est-ce parce qu’elle aime relever des défis? Est-ce parce qu’à l’école, ils font des “défis” au lieu de faire des examens? Toujours est-il que le résultat reste le même. Succès garanti.
D’où la culpabilité, évidemment. À chaque fois que j’utilise ma supercherie, le p’tit ange de l’épaule droite et le p’tit démon de l’épaule gauche se mettent chatter ensemble comme des malades:
cute angel> L voulait élever sa fille en lui inculkant un regard critik env l’autorité…
cute angel> Ms l se garde bien de lui faire kestionner son autorité, hein?
littl devil> Heille, le smatte, as-tu déjà entendu parler de l’expression “c ma prérogative en tt que parent”?
cute angel> l ne lui a même pas posé de quest, sa povre petite. L a tt accepté, ds sa grde confiance env sa mère. Ds mon livre, c de la manipulation pure & simple!
littl devil> OK ms ça marche, clisse, ça marche!
littl devil> t’inquiète ps, la ptite va se réveiller assez vite! En attendant, la vieille devrait en profiter!
cute angel> ouain, ché ps. C ps correct koi, y’a 1 pb avec ça.
littl devil> angel baby, u r so sick.
cute angel> lol dev… c u in hell.
Bon, il faut dire que je me sens déjà coupable d’avoir menti à ma fille au sujet du Père Noël. Le terreau est donc fertile pour que je me sente mal à la moindre occasion où j’ai l’impression de lui en passer une petite vite.
Mais je me dis que, pendant cet âge d’or où Fille Aînée ne questionne pas mes défis, elle goûte quand même à tout et qu’en fait, c’est une chance que je lui offre de développer ses papilles gustatives qui, sinon, finiraient par s’atrophier!
Et puis le petit diable a raison: elle finira bien par protester. Mais en attendant… En attendant, ben… J’en profite!
Note: Merci à l’auteure de ce site pour les abbréviations de “chat” francophone… c ps une mère o foyer kom moi ki konnaît ben ben ça!

3 mai 2006 at 21:18
Si ça peut vous encourager…
Il n’y a probablement pas eu plus difficile que moi étant enfant. Je levais le nez sur tout, sans raison. J’avais particulièrement horreur du vert, connu aussi sous le nom de «petitpoisaspergebrocoli» et, comme pour fille aîné, la texture était un défi de chaque instant. Ma mère (qui fut chef pendant plusieurs années) tenta d’abord de me séduire par de nouvelles recettes ainsi qu’en me faisant participer à la préparation. J’eus beaucoup de plaisir à la ravir de ma jeune main de cuistôt, mais autant à la faire chier en relevant le nez avec dédain. Elle dut en venir au chantage, aux menaces, aux subterfuges et à «pense-aux-pauvres-petits-enfants-qui-meurent-de-faim» (phrase d’une autre époque dont les enfants se torchaient royalement). De plus, elle était bourgeoise, elle avait pondu un bourgeois: si ce n’était pas du homard, pas la peine de perdre son temps. Finalement, je mangeais comme un oisillon (pas des vers, mais en terme de portion, hein!) et plus d’une fois elle sourit jaune dans les partys de famille où mes oncles ventripotents me jaugeait comme un éleveur avec une volaille malade.
Mais aujourd’hui… Aujourd’hui, je suis un OGRE, qui mange de tout, et en quantité s’il-vous-plaît! Je suis fin «cook» (merci maman, tes efforts n’auront pas été vain!) et j’en suis fier.
Mère indigne, soulagez votre culpabilité par ce message d’espoir!
P.S.: Je vous raconterai, si vous le voulez, comment la «phrase d’une autre époque» a eu un effet inattendu… une anecdote à se rouler par terre, mais qui sera une douche froide encourageante pour votre culpabilité.
4 mai 2006 at 8:08
Le homard… Nous, c’est le foie gras. Après en avoir mangé à quelques reprises pendant le temps des Fêtes, Fille Aînée nous a demandé nonchalamment un jour où était le foie gras pour aller avec la baguette. Heu, y’en a pas pis y’en aura plus pour un bon boutte!
Merci des encouragements… Je me raccrocherai à ça pendant les repas difficiles!
6 mai 2006 at 0:41
Outre les passes d’enfants difficiles que peut m’imposer mon trio, il y a ma fille à qui le poisson lève carrément le coeur. Peu importe ma façon de l’apprêter, on dirait que rien qu’à l’odeur, son cerveau lui dit “danger”. Pourtant, elle essaie !
Mais pour me consoler, c’est la moins difficile de la gang. C’est mademoiselle “fruits-yogourt-légumes-fromage”. Elle est meilleure que moi dans ses choix alimentaire !
Lâche pas ton bout. Mes parents nous ont habitué à goûter de tout, et c’est pourquoi j’aime manger de tout maintenant.