Mosaïque anniversaire

Père indigne et moi avons fait office de parents célibataires ce week-end. Moi, j’accompagnais Bébé à la fête de mon beauf’ alors que Père indigne faisait la roue devant les mamans à l’anniversaire d’un copain de classe de Fille Aînée. Petits tableaux de cette fabuleuse journée:

Chez le beauf’

J’ai à peine le pied dans la maison que mon beauf’ chéri m’offre un kir :

– Un kir? Il est quelle heure? Même pas onze heures? All right!

Aussi bien faire des provisions pour plus tard.

***

Small talk à la Mère indigne :

Moi — C’est fou comme on est plus relaxe au deuxième enfant.
Gentille convive — C’est vrai.
Moi — Je la laisse même jouer avec des sacs en plastique.
Gentille convive, l’air stupéfait — !!!
Moi — Heu, avec un nœud dedans, pour ne pas qu’elle rentre sa tête à l’intérieur…
Gentille convive — !!!
Moi — Heu, toujours sous surveillance, évidemment…
Gentille convive — !!!
Moi — Presque jamais, en fait…
Gentille convive — !!!
Moi — Ah, ah, ah! C’était une blague! Hum.
Gentille convive — Hum, hum.

Je suis géniale pour le small talk. C’est pourquoi je décide d’aller rejoindre les enfants, ces petits êtres qui savent vous accueillir malgré vos comportements dégénérés. Je passe la demi-heure suivante à me faire tapocher sur la tête avec un ballon expertement manœuvré par le charmant et blondinet neveu du beauf’. Le ballon est gonflé à l’hélium; ça pourrait être pire.

***

Mon assiette est pleine, et ô, miracle!, générosité sans égale!, Mamie a été endormir Bébé. Je peux manger tranquille!

Je vais me cacher sur un coin reculé du divan, derrière une plante verte, et entreprends de déguster ma cuisse de poulet.

“WAAAAAAA!!!” BOING! BOING! BOING! « WAAAAAAA!!! » BOING! BOING! BOING!

C’est le blondinet qui, ne se laissant pas déjouer par une vulgaire plante verte, a retrouvé sa copine de ballon et hurle sa joie en me binant sur la tête de plus belle.

“WAAAAAAA!!!” BOING! BOING! BOING! « WAAAAAAA!!! » BOING! BOING! BOING!

– Ah, ah, ah! Très drôle, chéri, mais maintenant Mère Indigne va manger, d’accord?

“WAAAAAAA!!!” BOING! BOING! BOING! « WAAAAAAA!!! » BOING! BOING! BOING!

– Hi, hi, hi, va jouer avec ta cousine, chéri, je pense qu’elle t’attend.

“WAAAAAAA!!!” BOING! BOING! BOING! « WAAAAAAA!!! » BOING! BOING! BOING!

Finalement, je lui ai pris le ballon et l’ai tapoché moi-même sur la tête avec intensité. Il pensait que je jouais, mais en fait, je me défoulais.

Je ne me souviens pas d’avoir fini mon assiette, mais je me souviens avoir pensé que j’avais bien fait de prendre ce kir en arrivant.

***

La scène de la journée : Ma nièce de trois ans et demi qui court partout avec un énorme ballon dans les bras, en hurlant : « ATTENTION, LES GROSSES BOULES ARRIVENT! ATTENTION, LES GROSSES BOULES ARRIVENT! »

***

Du côté de Père indigne :

Pendant ce temps, Père indigne sauvait le monde, une piñata à la fois.

Pour l’anniversaire du copain de Fille Aînée, ses parents se sont laissés prendre à offrir cette invention du diable, j’ai nommé une piñata.

Je sais que dans leur tête, tout se déroulait comme dans un rêve. Les enfants se partageaient le batte et tapaient sur la piñata à tour de rôle pendant quelques minutes jusqu’à ce que leur fils, d’un coup bien placé, fasse exploser la piñata et que tout le monde se régale des mille et une surprises échappées du ventre de la bête.

Sauf que les piñatas, ça ne tient pas du rêve, mais du cauchemar.

Fait numéro un : les enfants sont incapables de faire exploser une piñata. Fait numéro deux : la plupart des adultes aussi. Alors on frappe, on frappe, et le temps devient, comme qui dirait, long. Surtout en compagnie d’adultes qu’on ne connaît en général ni d’Ève ni d’Adam et qu’on a l’obligation de côtoyer seulement parce qu’un individu pré-pubère à l’allure louche fréquente la même classe que sa fille.

Bref, les enfants ont tapé pendant cinq minutes. Puis dix. Quinze. Rien à faire. La piñata lâchait bien un bonbon de-ci, de-là, mais sans jamais livrer toutes ses promesses. Dans le jargon, on appelle ça une agace-sucette.

C’est alors que Père indigne, la tentation faite homme, susurra à l’oreille de l’hôtesse : «Est-ce que les adultes peuvent jouer?»

La dame, pas folle, comprend alors que les choses seront prises en main. «Les enfants, les adultes aussi vont avoir leur tour!»

Les enfants non plus ne sont pas fous et commencent à en avoir assez du maudit âne qui se balance d’un air narquois. Ils cèdent volontiers le batte à la mère du fêté, qui frappe. Pang! L’âne plie mais ne rompt pas.

Père indigne s’avance. Tous retiennent leur souffle. PATACLOW!

L’âne a plié, ne s’est toujours pas rompu, mais il gît à présent par terre, inanimé. Livré à la convoitise d’une bande d’enfants sans pitié, il est prestement éviscéré et rend enfin son dernier soupir sucré.

Soulagement chez les petits et les grands. Père indigne est porté en héros et revient à la maison couvert de rouge à lèvres.

Mais non, c’est une blague. Ou en tout cas, il a eu le temps de se laver.

26 réponses à “Mosaïque anniversaire”

  1. Die Sterne dit:

    Quelles anecdotes sucrées!! Merci de mettre un sourire dans mon mardi matin poche au boulot..!!

  2. Kajin dit:

    J’suis morte de rire :-D

    Je reprends le commentaire de die sterne à mon compte : merci de mettre un sourire dans mon mardi matin poche au boulot!

  3. Mère indigne dit:

    « Mardi » et « poche au boulot », un beau pléonasme! ;) Bonne journée!

  4. Renée-Claude dit:

    Ouais les pinatas (excusez, j’ai pas trouvé l’accent pour le n…), si elles sont humides, pas moyen de les briser… et comme on a été gâtés en terme d’humidité en fin de semaine, ç’a donné ce que ç’a donné !

  5. Fille_ordinaire dit:

    Toujours aussi savoureuses, vos histoires, mère indigne !

    Vive le kir, surtout avant 12h00 … après tout, il est toujours 12h00 quelque part dans le monde !

    Hâte de vous lire à nouveau!

  6. Juste à nous dit:

    Là vous m’avez! J’ai refilé l’adresse de vos carnets hier à ma conjointe, vous faites maintenant tout comme c’est le cas pour moi, partie de ses lectures matinales du bureau… Je me demandais la piñata, si jamais j’ai des voisins que je souhaite plus voir à une fête d’enfants… peut-être que c’est pas con comme moyen! Vous avez une idée de génie là! ;-)

  7. Tarzile dit:

    Mère indigne, je te comprends. Il y a les énarvés et il y a les autres.

    Tarzile

  8. Tarzile dit:

    Là, il est 11h48 et je prendrais bien un kir!

    Tarzile

  9. Simone Z. dit:

    Ahh, Mère Indigne!

    Il faut que je vous le dise: vous faites partie de mon rituel-web-bureau matinal depuis quelques semaines et vos chroniques d’esprit m’aident à oublier les jours qui me séparent de mes vacances d’été (14 and counting…).

    Continuez votre bon travail (comme dirait l’autre)!

    Ciao!

  10. Nap dit:

    Héhé, pour la pinata l’an passé j’ai trouvé ZE solution au magasin : une pinata sous laquelle pendent des rubans. Pas besoin de frapper, non. Chaque enfant à tour de rôle tire sur un ruban et il n’y a qu’un chanceux qui tirera ZE ruban qui déballera le tout contenu de la pinata.

    ZE maman était contente. ;o)

  11. Isapooh dit:

    Mpfff…quelle journée!

    En passant, j’adore te lire!! :-)

  12. Maman d'Antoine dit:

    lolll L’ »agace-sucette »!
    :0))) Elle est bien bonne!

  13. Maman d'Antoine dit:

    @ nap

    Brillant cette idée. Quel magasin offre ses merveilles?

  14. Nap dit:

    @maman d’antoine : Il me semble que c’était chez Zellers.

  15. bibitte dit:

    Nous la piñata, c’est tout les ans chez la belle-famille!!! Toujours un petit %?$?%$?% qui braille pcq c’est son tour et la fêtée qui braille pcq c’est sa fête à elle bon! C’est ELLE qui doit frapper le plus, ouf!

  16. Chocolyane dit:

    Mouhahaha! Agace-sucette!

    O-h – m-o-n – d-i-e-u… Ce que tu peux me faire rire, Môman…

    Mais quelle mère indigne laisse ses enfants jouer avec des sacs plastiques? :o P

  17. Nicole dit:

    “WAAAAAAA!!!” BOING! BOING! BOING! « WAAAAAAA!!! » BOING! BOING! BOING!

    - Just a reminder –

    Merci pour les rires et les délires!!!

  18. Mère indigne dit:

    Bienvenue à tout ceux qui ont laissé un commentaire pour la première fois! :)

    nap: excellente suggestion!

    chocolyane: juste une fois ou deux… sous surveillance serrée… quand rien d’autre ne marche…

    nicole: on peut toujours compter sur toi! ;)

    tarzile: je suis sûre que tu as une recette spéciale pour le kir! :)

  19. Annie dit:

    LOL

    OK!

    Fac on achètera jamais ça. Merci de nous faire sauver 20$.

  20. Zab dit:

    Du fond de la salle, je lève résolument la main pour les sacs de plastique… Mais je me garde bien de dévoiler ces *indigneries* à de dignes oreilles. Juste à vous indignes lecteurs (trices) !

    Chiquita #2 ici aussi !

  21. ftibo dit:

    Succulent…

  22. French Lily dit:

    J’ai toujours eu comme principe que lorque le ratio enfantadulte était défavorable il fallait combler par du kir ou pineault :) ))

  23. Mylarie dit:

    HUmmm =S Pas sure que je serais très patiente avec un enfant qui me tappe sur la tête comme ça. Je te lève mon chapeau. Bravo! ;)

    Peut-être est-ce seulement pcq mon côté maternelle ne s’est pas developpé encore. hehe. Hope so.

  24. annick dit:

    Un truc pour la pinata (entre adultes, on s’entends…) C’est de boire tout plein de kir, et ENSUITE de taper dessus! Divertissement assuré!

    P.S. Milles merci pour les histoires rigolotes!

  25. chroniques d’une mère indigne » Blog Archive » Vivement dimanche dit:

    [...] Oui, je sais, j’ai déjà parlé contre les anniversaires. Mais j’ai très, très hâte d’aller à celui de ma nièce dimanche prochain. [...]

  26. Fredesk dit:

    bon. il semble que ce blog soit québécois…

    au premier coup d’oeil, je me demandais si c’était Nicole de Buron qui écrivait… c’est dire comme c’est réussi dans le drôlatique

    merci à vous :)

    ca m’épate un peu le fil rss pour une chronique comme celle-ci… ah c bo la tenchique modarne, on dira ckon voudra :) )

    baille baille là … je mets votre site dans l’index de liens du mien… ça va sûrement vous attirer quelques lecteurs de plus.


Auteur des Chroniques d'une Mère indigne: Caroline Allard. Tous droits réservés