Milieux humides
L’autre soir, Père indigne et moi avons eu un des ces petits moments de négociation-éclair qui jalonnent la vie des parents:
Père indigne — Je vais donner le bain à la petite?
Mère indigne — Je peux lui donner, si tu veux.
Père indigne — Non, non. Je vais le faire. Tu sais bien que, dans cette maison, c’est moi le spécialiste des milieux humides.
Sur quoi, on a bien rigolé. Mais ça m’a aussi fait penser au fait qu’avant que je retourne au travail (enfin, aux études, mais à 35 ans, on se sent mieux si on dit “au travail”), la question du “qui donne le bain à Bébé” ne se posait même pas. Après toute une journée passée à faire des gagagougous, pas de négo possible. Laissez-moi vous dire que quand Père indigne rentrait à la maison, il était en charge du bain. Moi, j’étais en charge de me faire un gin tonic, et plus vite que ça.
Tout ça pour vous dire qu’après mes angoisses de septembre (et octobre, et novembre) à l’idée de laisser Bébé en garderie, je suis maintenant totalement enchantée d’être de retour au travail.
Premièrement, de retour au travail (j’aime vraiment ça, dire “au travail”), on se maquille pour autre chose qu’aller acheter une pinte de lait au dépanneur. Bon, en réalité, même quand je restais seule à la maison avec Bébé, je me maquillais quand même; beaucoup plus facile de se mettre un peu de fond de teint et de rouge à lèvres que d’essayer de plonger avec un bébé dans les bras pour éviter les miroirs. Ah, et puisque vous voulez vraiment tout savoir, je me suis même maquillée à l’hôpital, avant la visite des amis. “Oh, comme tu as l’air en forme!” est une véritable musique pour les oreilles d’une femme résolument moderne qui vient de passer huit heures à gémir de douleur. Outlash de CoverGirl, ça ne sauve peut-être pas des vies, mais ça peut sérieusement vous abréger un post-partum.
Mais bon, se maquiller pour aller travailler, ça donne quand même un peu plus de sens à notre petit rituel, n’est-ce pas? Et s’habiller, aussi. Vous savez, mettre des vêtements dont vous avez la garantie presque absolue qu’on ne régurgitera pas dessus pendant au moins six heures? Ça donne le goût de vous écrier, devant tous vos collègues: “Voici un col roulé que j’ai acheté 20$ en solde, 70% coton, 22% viscose, 8% lycra et absolument 0% vomi ! (ou alors si peu)”. Ah, amenez-en, des petits plaisirs simples de la vie! Quand on redécouvre l’existence d’un monde extérieur, on est capable d’en prendre!
Et on redevient aussi capable d’en donner. Car, honnêtement, que répond la mère au foyer à la question, posée de bonne foi par un époux tendre et intéressé, “Qu’as-tu fait de beau aujourd’hui?” “Euh, laisse-moi réfléchir…Oups, j’ai un blanc? Non, c’est juste qu’il ne s’est rien passé. Enfin, euh, j’ai changé sept couches et j’ai aussi… agaga-gougou-doudou-ahrrrrreuh… Oh, pardon, chéri, je commence à oublier mon français.” Retourner au travail, c’est revenir avec, au minimum, le récit d’une journée ordinaire et, au mieux, avec des potins bien juteux. La conversation, la vraie, peut enfin regagner ses lettres de noblesse.
Mais le plus incroyable, ce sont les 5 à 7. Surtout quand ils sont organisés par des étudiants (je veux dire, des collègues de travail) dont on peut être absolument certaine qu’ils ne nous poseront aucune question sur nos enfants à moins d’avoir vraiment, mais vraiment beaucoup trop bu — jusqu’à présent, je n’en ai jamais rencontrés qui soient arrivés à ce stade de dégénérescence ultime.
Justement, j’avais un 5 à 7 vendredi dernier. Sérieusement, je crois que j’étais même plus heureuse que Fille Aînée quand elle a reçu une carte d’invitation avec Arthur et les minimoys dessus pour l’anniversaire d’une copine de classe. J’étais même un peu déçue de ne pas être obligée de demander la permission à ma mère pour y aller, juste pour le plaisir d’annoncer au plus de gens possible que j’étais invitée à un 5 à 7.
Duquel je suis rentrée à 1 heure du mat’.
Père indigne — Puis, comment c’était, ton 5 à 7?
Mère indigne — Génial. On devait être huit, mais finalement, on était trois.
Père indigne — Trois? Et les deux autres étaient…
Mère indigne — Ah, euh, deux gars de 27-28 ans. Tu n’as absolument pas à t’inquiéter, chéri. Ils étaient juste charmants, drôles et intelligents. Très charmants, en fait.
Père indigne — Effectivement, rien d’inquiétant là-dedans. Et vous avez parlé de…
Mère indigne — Euh, de la vie, de philo. Genre, les théories de la démocratie, style?
Père indigne — Vous n’avez pas parlé de sexe?
Mère indigne — Si peu, si peu. (Flashes dans la tête de Mère indigne d’une conversation totalement outrageante sur les 10 meilleurs films pornos de tous les temps tels que recensés par un magazine quelconque.) Presque pas, en fait.
Père indigne — Je ne suis vraiment pas du tout inquiet.
Mère indigne — Tu as raison de ne pas l’être, chéri. Après tout, tu possèdes certainement une expertise beaucoup plus vaste qu’eux en ce qui concerne l’entretien et la sauvegarde des milieux humides.
Qu’est-ce que je vous disais! Quand on retourne au travail, on a aussi des conversations beaucoup plus intéressantes avec notre mari, le soir, à la maison…
19 février 2007 at 11:52
Je suis aussi retourné ‘’au travail'’ 6 mois après avoir accouché…je me sentais exactement comme tu l’écris…je me levais très vite le matin, pour avoir le plaisir de m’habiller….
Merci pour ce très bon divertissement…
19 février 2007 at 12:02
“…deux gars de 27-28 ans. Tu n’as absolument pas à t’inquiéter, chéri. Ils étaient juste charmants, drôles et intelligents. Très charmants, en fait.”
Tu ne dois pas parler de X et Y dans ce cas.
19 février 2007 at 12:09
Martin : Désolée d’avoir enlevé de ton commentaire les noms des personnes dont je ne parlais absolument pas, ils auraient été trop déçus de voir que je ne parlais effectivement pas du tout d’eux…
19 février 2007 at 12:12
Quel titre ! Voilà qui va vous assurer d’amusantes requêtes sur les moiteurs de recherche… pardon, moteurs de recherche
19 février 2007 at 12:14
Fred: je n’y pense jamais, mais tu as probablement raison…
Luciole: effectivement, on apprécie vraiment plus qu’avant le fait de “sortir”… même si c’est pour aller au bureau!
19 février 2007 at 12:28
:) C’est bien fait.
19 février 2007 at 12:30
J’ai été à la maison avec mes enfants pendant 5 ans et je l’ai apprécié mais quel bonheur quand les phrases ont débuté par autre chose que maman!
19 février 2007 at 12:35
En France un “5 à 7″ signifie une coucherie très très sexuelle avec amant obsédé, de préférence dans hôtel très très louche.
C’est pas comme ça par chez vous ???
Alors un 5 à 7 avec deux gars, ouhouhouh !
C’est cool les ét … le travail !
19 février 2007 at 12:40
Ahh ben là.. il y a un 5 à 7 organisé à ma job… avec une majorité de jeune mâles.. dois-je avoir peur qu’il s’agisse d’un 5 à 7 Français ou let’s go on se lance?? héhéhé
19 février 2007 at 12:43
Je me tords de rire!!!
19 février 2007 at 12:47
Les milieux humides! Haha! C’est la meilleure!!
19 février 2007 at 12:48
Sixtine: mais en France, tout se résume au sexe, non? Vous l’avez tellement, l’affaire! Go, Babs, go!
19 février 2007 at 12:52
Chère Mère Indigne, que je vous comprends! J’ai aussi 35 ans, je suis aussi “au travail” (un jour, je serai aussi docteur, comme vous), et j’apprécie tout autant que vous d’avoir un autre sujet de conversation que la consistance du contenu des couches… Malheureusement, je “travaille” dans un milieu de filles. Deux jeunes hommes de 27-28 ans, ça doit être à peu près la moitié des effectifs masculins de mon département… Pas de quoi faire stresser Papa Pheud. Lui, par contre, ne sera JA-MAIS invité aux partys départementaux, qui sont, en toute logique, composés de (jeunes) (et souvent jolies) filles à 98%… Non. Papa Pheud reste à la maison raffiner sa connaissance des milieux humides pendant que Pheud mère va se divertir toute seule avec des jeunes femmes aux abdos plats et à la fesse ferme.
19 février 2007 at 12:59
Ok, je viens de relire mon commentaire et on peut l’interpréter d’une toute autre manière que celle à laquelle je pensais… LOL! Le rouge me monte aux joues soudainement…
19 février 2007 at 13:00
Pheud: Père indigne travaille dans un milieu d’hommes et ressent tout de même un certain dépit à l’écoute de mes aventures philosophiques… (et ne vous inquiétez pas pour l’interprétation de votre commentaire: ça, c’est le problème de mes lecteurs peu scrupuleux…
)
19 février 2007 at 13:14
Super texte!
Mais de toute façon, Père Indigne devait se rassurer pour les discussions de sexe, car il n’y avait que deux gars. Si ça aurait été 3 femmes, les choses qui se disent entre femmes ça peut faire rougir un homme.
19 février 2007 at 13:21
Hihi Slim c’est tellement vrai… !
Bon cela dit pour le lectorat du vieux continent que cachez-vous donc (vous) derrière un 5 à 7 ??? Je n’ose imaginer annoncer à l’Homme “tiens j’ai un 5 à 7 vendredi prochain” … Et encore moins rentrer à une heure du matin : un coup à se prendre l’unique scène de ménage de la décennie…
19 février 2007 at 13:22
Un petit truc express pour les indécrottables mères au foyer comme moé : Inventez-vous des collègues de maison. Voui, faisez comme moi ! Discutez âprement de la situation politique de la cuisine, nouvellement colonisée par les moufflets, avec votre aspirateur. Organisez des réunions avec votre canasson imaginaire (ainsi, quand votre mari chéri vous fera une remarque aigre sur le ménage, vous pourrez lui répondre très sérieusement : “j’en parlerai à mon cheval”). Aménagez-vous des horaires de bureau, ce qui vous permettra de déclarer jouissivement à vos charmants bambins et à votre douce moitié qui viendront vous réclamer la becquée : “on est fermé” ou “nous sommes en pause” en envoyant des clins d’oeil complices à votre cafetière. Et surtout, surtout, tapotez élégamment des comptes-rendus pour votre patron (le blog).
Mais qu’ai-je fait de ma vie normale ?
19 février 2007 at 13:43
Je me rappelle en effet le soulagement ressenti lorsque je suis retournée au travail après 8 mois à la maison à m’occuper de bébé. Le pire, c’est qu’au travail, on était juste deux, mais d’enfin pouvoir parler à un autre adulte, et d’autres choses que de bébé à fait ci et ça et j’étais au parc cet après-midi… ça fait du bien! Par contre, me taper la cuisine, le lavage etc… le soir, je m’en serais passée volontier. Les 5 à 7 ? C’est quoi ça? Vous avez de la chance de vous faire inviter mère indigne et d’avoir un père indigne aussi confiant
Je n’ai connu les 5 à 7 qu’a travers les jeudi de mon ex…
J’aurais aimé pouvoir dire un jour, on était juste 3, moi et 2 gars de 27-28 ans…juste pour voir sa tête… LOL
Et dire que je remets ça, dans un mois, je serai à la maison à changer les couches. je dois être maso!
19 février 2007 at 13:46
Trop mourant, comment les petites choses de la vie peuvent devenir des plus tordantes entre vos mains, Mère Indigne!
Bravo! Pour votre excellent boulot…Vous mettez du soleil dans la journée de plusieurs vous savez!
19 février 2007 at 13:56
MI, c’est ce que j’appelle un win-win: avec les charmants jeunes hommes de 27-28 tu es la femme d’expérience mystérieuse et inatteignable, et à la maison l’épouse potentiellement volage que PI doit reconquérir.
Je t’admire.
19 février 2007 at 14:29
“avec les charmants jeunes hommes de 27-28 tu es la femme d’expérience mystérieuse et inatteignable, et à la maison l’épouse potentiellement volage que PI doit reconquérir.”: z’avez tous bien compris, les gars? wouhou!
19 février 2007 at 14:35
Et alors?! Il y est allé, Père Indigne à la reconquête de l’humidité du milieu?!
19 février 2007 at 14:38
chroniques blondes, toujours en quête de la réalité la plus moite… Vous ais-je déjà dit que Père indigne vous aimait comme ça?
19 février 2007 at 15:25
Pas mauvais un peu de compétition de temps en temps…
19 février 2007 at 15:33
En Belgique aussi, un 5 à 7 c’est une coucherie. Comme Père Indigne est aussi d’origine belge, je comprends qu’il ait besoin de précisions pour se remettre la pendule à l’heure.
Quand des entreprises belges organisent des réunions festives entre leurs employés, c’est toujours avant 5 h ou après 7 h pour éviter l’absentéisme pour risque de conflit ménager. Les employés qui organisent eux-mêmes se débrouillent et assument.
C’est drôle, parce que “Chérie, j’ai un dossier à terminer”, ça passe souvent très bien par contre !
Bien que … : le jour où j’ai vraiment eu un dossier à terminer et donc la seule fois où j’ai dit “Chéri, j’ai un dossier à terminer, tu ne veux pas aller chercher les enfants stp”, il est venu me chercher au bureau avec eux.
19 février 2007 at 15:33
Suis-je la seule à être retournée au bureau à reculons?!?
Faut dire que mon boss… on songe présentement à déposer une plainte collective pour harcèlement au travail… y’é… heu comment dire… fou? Démoniaque? Sssssournois comme un ssssserpent.
Dans le genre en tout cas. Mais on survit.
19 février 2007 at 15:39
Dans mon livre a moi, un 5 à 7 serait plutot un 5 + 7.
Rarement sont les fois ou je suis rentré avant minuit ! hihi
19 février 2007 at 16:27
hihihihi merci pour ce sourire!!
19 février 2007 at 18:38
L’expertise de PI est d’autant plus pertinente quand l’on sait l’importance des milieux humides dans la préservation des écosystèmes.
19 février 2007 at 19:26
en face de chez moi brille une enseigne “5 à sec” , un lavomatic …
ne lave t’on pas son linge sale en famille ?
bref, c’est vrai que la mère au foyer qui pue le vomit rassure …
19 février 2007 at 19:36
Benoît: vous êtes un grand sage.
19 février 2007 at 19:37
J’adore!
19 février 2007 at 22:27
Il ne fait jamais dire qu’on était accompagné par des hommes!!! C’est sûr qu’on va avoir droit à une ou deux questions.
L’artiste de la bande des 3
19 février 2007 at 23:45
Alors, c’était quoi ces 10 films?
J’espère qui avait un Emmanuelle dedans
20 février 2007 at 2:24
En spécialiste des milieux humides qu’il est, je comprends que PI ne s’indigne pas pour deux nombrils humides… sage homme qu’il est…
P.S.: En Europe, un 5 a 7, une coucherie ?!?!?
Cou’donc, tu parles d’un heure pour jouer au fesse !!!
20 février 2007 at 3:56
La chute est absolument fabuleuse!!!!!
20 février 2007 at 8:06
Mouahahahhahahaha ! j’adore la confusion de l’expression 5 à 7… j’imagine les yeux Français effarés devant tant de libertinage
…
20 février 2007 at 9:24
“j’imagine les yeux Français effarés devant tant de libertinage …”
J’imagine que je ne dois pas répondre à ca… Dites ?? les Québécois sont tous bûcherons ou c’est une légende ?
20 février 2007 at 9:24
Rhaaaa ! J’en étais sûre ! Les apéros avec les collègues vont me manquer. En plus, j’ai jamais été fan de vomi.
Je vais souffrir. Mais je repenserai à ces quelques lignes pour tenir ! (ou rire !)
20 février 2007 at 16:29
Mère Indigne, prenez ce 5 à 7 comme un cour préparatoire.
Vous pourrez vous servir des données recueillies lorsque fille indigne sera d’âge à fréquenter les garçons… Ainsi vous saurez … qui la guette
20 février 2007 at 16:42
Bonsoir,
Perso je ne me vois pas du tout Mère au foyer… j’aurai un peu l’impression de régresser quand même !!! J’aime mon fils plus que tout, mais travailler c’est exister autrement, c’est nécessaire à l’épanouissement à mes yeux.
Bises et à bientôt
20 février 2007 at 20:54
Quel régal votre blog
)
Je reviendrai et reviendrai
21 février 2007 at 2:50
Et bien après 6 ans à la maison pour m’occuper de trois poussins, il me tarde aussi de reprendre le travail. Aurai-je droit à des 5 à 7? J’entends déjà mon mari hurler intérieurement!
21 février 2007 at 5:23
Tout cela ressemble drôlement à une turbulence des fluides ….
21 février 2007 at 8:45
Et femme indigne…incroyable!
27 février 2007 at 12:35
Alors celui-là, il est extraordinaire! J’adore autant le cover girle qui vous racourcit un post-partum que tous les avantages de la reprise du travail! Avec ce petit papier, je finis la journée en beauté! Merci MI!
1 mars 2007 at 10:55
Chère Mère Indigne,
Je suis tombée récemment sur ton blogue, et j’attends maintenant ton livre avec impatience. Je suis aussi maman-étudiante rédactrice de thèse de doc et d’articles scientifiques d’un ennui mortel. Bébé a 9 mois et commencera la garderie à temps partiel dans 2 semaines. Et moi, je pourrai retourner aux choses sérieuses : rv chez le coiffeur, masseur, et diner d’affaire bien arrosés… j’en rêve!
Malgré que mon moi intérieur se soit “chicoiné” (merci pour cette expression géniale!) pendant quelques temps, je suis maintenant confortable avec ma décision indigne…
Merci de partager tes pensées avec tant d’humour… ca fait du bien entre 2 brassées!
PS : Le coup du maquillage à l’hosto, je l’ai fait aussi, je me trouvait presque jolie sur le coup, mais avec le recul, en visionnant les photos, je me dis que même le meilleur maquillage n’est pas venu à bout de dissimuler mes 55 livres pris dans la grossesse!!!