Ah, les filles. J’ai reçu un courriel de gars et, vous connaissez ma grande générosité, je me suis dit que je le partagerais avec vous.
Précisons que l’auteur, un certain Fervent Lecteur, m’a envoyé cette lettre dans un esprit de franche rigolade. Mais il m’a donné la permission de reproduire son message en me confessant une légère crainte que je lui fasse du mal par des commentaires assassins. Pauvre Fervent Lecteur! Ne se doute-t-il pas que, toutes autant que nous sommes, nous ne demandons qu’à profiter du moindre prétexte pour faire se déployer, dans toute sa splendeur, notre instinct maternel millénaire?
Lisez donc, mesdames, et attendrissez-vous.
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Chère Mère indigne,
Votre article du 19 décembre, Esprit des Fêtes, es-tu là?, me plonge dans une certaine perplexité. Votre sœur perd votre fille au théâtre, ça va. Vous donnez des boules de Noël à manger à vos enfants, je peux comprendre. Mais il y a un point que je ne peux passer sous silence : l’arbre généalogique des Indigne.
Au début, je pensais que les Indigne portaient le nom du père. En bonne mère qui veut bien faire, vous avez pris le nom de votre mari, M. Indigne. C’est pourquoi vous vous appelez Mère indigne.
Mais si « Indigne » est le nom de votre mari, cela voudrait dire que votre sœur ne peut pas être une Indigne elle aussi. À moins que Père indigne ne soit pas votre mari et/ou que votre sœur porte le même nom de famille que le père de vos enfants. Ce qui voudrait dire que a) votre nom de fille est aussi Indigne, et c’est une heureuse coïncidence. Deux parents Indigne se sont rencontrés pour former un couple et avoir des enfants. Ces choses-là arrivent. Ou sinon, b), vous venez d’une famille reconstituée, votre nom de fille n’est pas Indigne, bien que le fut le nom de votre sœur (ces choses-là arrivent aussi).
J’arrive à cette conclusion parce que votre beau-frère est un Adoré. Votre sœur ne peut donc pas tenir son nom de lui, à moins qu’elle ne le tienne d’un autre mariage, avec un Indigne, qui serait, ou ne serait pas, un parent de Père indigne.
Reste la question de vos enfants. Avez-vous choisi de créer une nouvelle lignée afin que le nom des Indigne se perdre dans l’histoire? Ou, simplement, vous avez fait face à l’intransigeance d’un fonctionnaire du bureau du Directeur de l’état civil qui a refusé d’inscrire « Fille indigne » à son registre? Non mais y’a vraiment du monde « straight » dans la fonction publique!
Et le bébé, il s’appelle « Bébé » parce que vous ne lui avez pas encore trouvé un nom?
Dans tous les cas, je pense que cette histoire n’est pas très nette. Il y a beaucoup trop de métissage dans le cercle des Indigne, et du monde de même, ça ne devrait pas avoir d’enfants.
Signé: Fervent Lecteur
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Non, mais, est-ce que ce n’est pas chou-mignon comme tout, une lettre comme ça? Déjà que, je ne sais pas pour vous, mais le “fervent” de “Fervent Lecteur” me rendait déjà ce correspondant éminemment sympathique.
Bon, c’est sûr, il a tout faux.
Si ce n’est pas dommage de penser que, pour certains, “matriarcat” est une marque de nourriture pour félins.
Et puis, Fervent Lecteur, c’est quoi cette idée de vouloir à tout prix étreindre (de vos bras que nous souhaitons puissants, n’est-ce pas, mesdames?) une généalogie dans laquelle je ne me retrouve pas moi-même?
Mais qu’à cela ne tienne, cher ami. Vous vous êtes penché sur nos affaires de mères! Par conséquent, nous vous aimons, et nous vous le prouvons.
Primo, dorénavant, je vais vous appeler “Jean-Pierre XXX”. Ne succombez pas à votre sale manie en cherchant un quelconque lien de filiation avec Jean-Louis ou le grand Rocco, ce serait vain. C’est juste que, d’après la théorie de Pavlov, ça va faire saliver les lectrices. (Ne me remerciez pas, pensez plutôt “chèque”.)
Secondo, dans notre tête, nous vous imaginerons beau, grand, jeune (les filles qui aiment les vieux, c’est tellement dépassé). Quoique, point n’est besoin d’imaginer trop loin: à la seule lecture de votre lettre, Jean-Pierre, on comprend que, dans vos yeux, brille l’étincelle qui trahit votre appartenance à la grande tradition des porteurs de bobettes.
Et ça, dans notre secte, c’est tout ce qui compte.
Enfin, ça, et aussi les photos. De bobettes. Très important, les photos de bobettes. Envoyez le tout à l’adresse habituelle, cher lecteur, et notre instinct maternel vous idolâtrera pour les siècles et les siècles.
Sacré Jean-Pierre, vous en avez de la chance.