Sentimental, c’est l’idéal

15 février 2007

Soir de St-Valentin dans la cuisine indigne. Mère indigne s’active à préparer des rouleaux de prosciutto-melon pour une entrée aussi simple que délicieuse. Père indigne aimerait bien l’aider, mais il doit diriger toute son attention vers Fille Aînée qui lui fait le récit de sa journée à l’école.

Fille Aînée — Et tu sais, Papa, Madame Mélanie était super contente de son cadeau de St-Valentin.

Père indigne — Ah bon. C’était quoi?

Mère indigne — (Roule, roule.)

Fille Aînée — Ben, ce matin, Maman a trouvé une image de St-Valentin sur Internet, puis on l’a fait imprimer…

Père indigne — Quelle image?

Mère indigne — (Roule, roule.)

Fille Aînée — Ben, c’était un chat caché en arrière d’un coeur, et le chat il avait une, tsé, une… une auréole? C’est ça, une auréole sur la tête. Et puis là…

Père indigne — Ah, c’était un chat mort.

Mère indigne — (Roule, roule.)

Fille Aînée — … j’ai écrit en dessous, “Bonne St-Valentin” à Madame Mélanie…

Père indigne — C’est gentil.

Mère indigne — (Roule, rou–) As-tu dit un chat mort?

Père indigne – Oui.

Fille Aînée — … et j’ai signé mon nom en-dessous…

Mère indigne et Père indigne — Pouhahahahaha!

Fille Aînée — … et Madame Mélanie, elle était super contente. Pourquoi vous riez?

Mère indigne — Hahaha… hum. Pour rien, pour rien, chérie. Tu prendras bien un peu de prosciutto, n’est-ce pas? Prrfft-hum.

C’t'une fois deux mères: La Saint-Valentin

14 février 2007

Mère digne — Qu’est-ce que vous faites, pour la Saint-Valentin?

Mère indigne — La Saint-Valentin! C’est quand même incroyable, la Saint-Valentin. Avant d’avoir des enfants, tu penses que c’est une fête d’adultes, la Saint-Valentin. Tête-à-tête au resto, chin-chin les bras entrelacés, carte aux propos sulfureux, dessous inflammatoires, menottes avec du minou rouge — en passant, je t’ai déjà raconté que Père indigne et moi, on s’est déjà retrouvés menottés ensemble et que la clé avait disparu? Non? Une autre fois — bref, une fête de grands! Mais depuis qu’on a des enfants, qu’est-ce qu’on découvre? Que la Saint-Valentin, c’est juste une fête d’enfants de plus. Noël, passe encore. L’Halloween et Pâques, bonbons et chocolat, ça va de soi. Mais la Saint-Valentin? As-tu déjà essayé de faire un toast les bras entrelacés avec ton mari PLUS un enfant qui tient une coupe remplie à ras bord de jus de raisin? C’est sûr qu’il va y en avoir dans la fondue. Bon, d’accord, c’est mignon comme tout de recevoir un bricolage rose, blanc et rouge avec “je vous souaite une bon St-Valenlin” écrit dessus. Mais le bricolage rose, blanc et rouge, il ne nous soulagera pas tellement à la Saint-Valentin dans quarante ans, quand on n’aura rien d’autre à faire que de le contempler alors qu’on sera seul et abandonné par nos enfants au centre d’accueil. Même que, soit dit entre nous, le bricolage, j’ai l’impression qu’à ce moment-là, il va carrément nous dégoûter. En tout cas, tout ça pour dire que je trouve quand même ça gonflé de la part de Fille Aînée de vouloir célébrer la Saint-Valentin alors qu’elle n’a même pas encore de vie sexuelle.

Mère soi-disant digne — Qu’est-ce qui te fais dire qu’elle n’a pas de vie sexuelle?

Le plus méchant de sa part, c’est qu’on lunchait au resto et que je n’ai même pas pu faire de soupe.

My heart belongs to Daddy

12 février 2007

Ce n’était pas un soir de soupe.

Suivant le précepte maoïste selon lequel rien n’est trop beau pour la classe ouvrière, je me préparais plutôt à commander une pizza all-dressed extra bacon et à sortir de notre cave à vin le Santa Reina cuvée 2006 que nous gardions bien au chaud pour les occasions spéciales.

Ce n’était pas un soir de soupe, jusqu’à ce que Fille Aînée revienne de l’école.

– Maman, peux-tu m’aider à écrire un petit mot à Mathieu pour la St-Valentin?

– Mais, bien sûr, chérie!

Bye bye la pizza, hello les légumes.

J’ai sorti un gros couteau tranchant acheté récemment à titre préventif, ainsi que tout un panier de champignons bio. Selon un principe taoïste bien connu, les champignons bio sont probablement plus vivants que les autres champignons, ce qui me permet de les faire souffrir davantage.

Moi — Bon, chérie, tu veux de l’aide (coupe-coupe)? Alors prends ça en note (tchac-tchac-tchac): “Cher Mathieu, ta candidature n’a pas été retenue sur la liste courte par notre panel d’experts. Meilleure chance la prochaine fois.” (TCHAC!)

Fille Aînée me contempla de l’air ébahi de quelqu’un qui se demande comment une telle femme a jamais pu mettre la patte sur un homme décent. Sur un homme, tout court.

Fille Aînée — Maman, laisse faire pour le texte, d’accord? Tu corrigeras mes fautes.

Moi — Ah. Oui. D’accord.

Je me consacrai à mon massacre fongique pendant que Fille Aînée grattait le papier. Après quelques minutes, elle déposa son crayon et regarda sa feuille d’un air satisfait.

Fille Aînée — “Cher Mathieu, je t’aime plus que tout au monde.” Est-ce que tu crois que ça va aller?

Moi — Ça va être parfait, chérie.

Tcha-tcha-tcha-tcha-tcha-tchac! Soupe de champignons? Crème de champignons.

(Pour ceux qui se poseraient la question, non, je ne lui ai pas demandé si elle n’aimait pas ses parents, ou à la limite sa petite soeur, plus qu’un jeune énergumène qui ne savait probablement pas encore attacher ses lacets. Ayant moi-même une grande expérience des hommes (j’ai quand même vu les bobettes de Jean-Louis, ne l’oublions pas — en tout cas, moi, je n’ai pas oublié), je sais qu’en matière de coeur, il est non seulement habile mais presque obligatoire de leur raconter absolument n’importe quoi pour atteindre nos objectifs. Les gars, ils font la même chose et tout le monde est content. Non? Enfin, passons.)

Fille Aînée — Mathieu, je l’aime parce qu’il me fait rire.

Moi — C’est une belle qualité.

Silence. Fille Aînée traçait autour de son message d’amour un coeur aux contours compliqués.

Fille Aînée — C’est drôle, hein, maman? On dirait que c’est de mère en fille. Tu aimes papa parce qu’il te fait rire, et moi, j’aime Mathieu pour la même raison!

Moi — C’est vrai que Papa me fait beaucoup rire.

Parfois même sans le vouloir…

Fille Aînée — Tiens, je vais ajouter autre chose à mon message. “Tu… me… fais… ri-re… com-me… mon… pè-re.” Voilà! C’est terminé.

“Tu me fais rire comme mon père.” Je ne sais pas ce que Mathieu va en penser, mais je vous l’avoue, mon coeur a fondu. Tellement que je n’avais même plus le coeur à la soupe.

J’ai étalé sur le comptoir les champignons encore indemnes, puis je les ai enduits d’huile d’amande douce avant de leur prodiguer un massage expert. Ensuite, j’ai ouvert la porte patio et les ai relâchés dans la nature, afin qu’ils puissent s’épanouir et, qui sait?, peut-être même connaître, comme moi, les délices de la maternité.

Quand Père indigne est rentré, je lui ai évidemment montré le petit message élaboré par sa fille. Il était tellement ému, il a fait une blague belge.

On a commandé la pizza, bu le vin.

Une bien belle soirée.

***

Le lendemain matin, les champignons avaient disparu. Sans doute ivres d’allégresse, ils avaient laissé dans la neige les traces éparses de leur danse joyeuse.

À moins que ça n’ait été des traces de lièvre? Comme le dit l’adage confucéen, rendu là, il fallait aller travailler.

Haleine(s)

9 février 2007

Un bon samedi matin, alors qu’elle avait trois ans, Fille Aînée, vint se blottir contre Père indigne et moi. Son visage penché vers le mien se plissa soudainement, puis elle déclara: “Maman, t’as mauvaise haleine.”

Père indigne tenta (mais à peine) d’étouffer un un “Arf!” joyeux et insultant. Mais je n’ai pas bronché. “C’est normal, le matin, chérie. Ton tour viendra.”

Pour échapper aux vapeurs fétides qui se dégageaient de la bouche de sa génitrice, Fille Aînée se réfugia dans le coin de mon aisselle. Pour son plus grand malheur.

Fille Aînée — Maman, t’as deux haleines!

Père indigne, ouvertement — Pouhahaha!

Je n’ai toujours pas bronché. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais nous, les mères, à un moment donné, on n’a presque plus d’égo.

C’est à ce moment que Père indigne a fait mine de soulever les draps et de regarder dans la direction de la bobette (la mienne) tout en haussant un sourcil inquisiteur.

Moi — Non. Tais-toi. N’y pense même pas.

On n’a presque plus d’égo, mais il y a quand même des limites.

La tag de Geneviève

6 février 2007

Je n’ai pas pu résister au défi de Geneviève.

J’ai fait une Pierre-Léon de moi ici.

Pierre-Léon, je t’en prie, trouve la force de me pardonner.

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P.S. Fallait s’y attendre; on m’a parodiée! À lire ça, j’ai compris à quel point je paraissais indigne… Merci, Janis!

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P.P.S. Merveille des merveilles! Daniel Rondeau aussi m’a pastichée! Attention, ça fesse.

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P.P.P.S. Une autre parodie tout à fait réussie. Pas besoin d’écrire de billets quand des pasticheurs aussi doués les fignolent à ma place…

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P. etc. Cécile Gladel cherche son chat indigne par ici

*

P.P.etc. Un jeune homme de la capitale a mis brillamment mis Eugénie en scène dans son pastiche…

Hiiiiiiiiiiiiiiiii, suite et fin (?)

5 février 2007

Je partage maintenant mon bureau avec une fille extrêmement sympathique qui rentre de congé de maternité. Elle vient tout juste de décrocher un poste de prof en sexologie.

Vous imaginez mon enchantement.

Moi — C’est quand même fou, faire un doc en histoire de l’art et te retrouver prof en sexo.

Collègue — Prof en sexo ou pas, va falloir que je me tire du lait bientôt, ça va déborder. Je vais juste finir mon maudit paragraphe…

Moi — Sur quoi tu travailles?

Collègue — Un article sur la représentation intime du corps et la vision du photographe dans les oeuvres érotiques virtuelles.

Moi — Bref, le cul sur Internet.

Collègue — Ben là!

Moi — Le cul sur Internet! Le cul sur Internet! Ben non, c’t'une blague. Sur quelle image tu travailles?

Collègue — Sur celle-là.

Je me retrouve alors nez-à-nez avec une photo en gros plan de deux parties intimes qui font connaissance de manière extrêmement amicale.

Moi — Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiii! Wow! Excuse-moi, ahahahahahah! C’est juste que ça fait changement de mes lectures habituelles… Wouhou! Hum.

Collègue — J’ai fait mon entrevue d’embauche sur cette image-là. Personne n’a ri.

Moi — J’imagine que si tu es en sexo et que tu ris hystériquement devant de la porno, tu passes pour un plouc.

Collègue — Pas mal, oui. (Puis, se laissant gagner par son sujet:) Tu vois, ce qui est intéressant avec cette photo, c’est que la fille se regarde elle-même sur son écran d’ordi. Elle ne regarde pas le gars, ni la caméra, elle se regarde.

Moi — Ah, ben oui. Ben oui, r’garde donc ça. Elle se regarde.

Silence.

Moi — Hum, est-ce que ça te dérange si, euh, je prends une photo de ton image avec ma webcam et que je l’envoie à Père indigne? Juste pour rigoler?

Collègue — Hum. Non, non, vas-y.

Flash de la webcam: Whooosh!

Moi — “Chéri, voici sur quoi travaille ma collègue de bureau. Dans le coin droit, en bas, tu peux entrevoir mon oreille.” Hin, hin, hin. Merci.

Collègue — … De rien.

Silence.

Moi — Ah! Tiens, Père indigne a répondu! “Tu peux apporter le livre à la maison ce soir? Je voudrais vérifier quelques petits détails.” Ahahahahahah! Les hommes.

Silence.

Moi — Est-ce que tu travailles juste sur cette image-là? Je veux dire, c’est beau d’écrire un article, mais juste sur une image?

Collègue, perspicace — Tu vas encore déconner si je t’en montre une autre.

Moi — Mais non! C’était juste le choc initial. Heille, je suis sur le rapport Gomery, ces temps-ci… Laisse-moi une chance de m’acclimater.

Collègue — Bon, OK, je travaille aussi sur celle-ci. Note qu’ici –

Moi — Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii! OH MY GOD! (Whooosh!) Père indigne va halluciner!

Gros soupir de la part de la collègue de bureau. “Bon, c’est pas tout, ça. Il faut que je me tire du lait.”

Moi — J’comprends! Faut quasiment que je m’en tire moi aussi, pis ça fait un an que j’allaite plus!

Collègue — Arrête donc!

Elle sort alors son tire-lait automatique et entreprend de se déboutonner le chemisier. Whooosh!

– Hiiiiiiiiiiiiii!

– Argh! T’es conne!

J’aime beaucoup, beaucoup ma nouvelle collègue de bureau. Reste juste à savoir combien de jours elle va m’endurer avant de me mettre dehors.

Surprise!

2 février 2007

Vous connaissez Père indigne.

Un homme d’une délicatesse exceptionnelle, qui laisse sa femme délirer sur son blogue et même parler de lui avec, parfois, une petite touche de moquerie, sans jamais répliquer dans les commentaires. Que de fois il pourrait remettre les pendules à l’heure alors que, pour le vil plaisir de vous faire rire, je tords un tantinet la réalité à son sujet, je discours sur des rivaux XXX…

Hé bien, mes amis, la cerise sur le sundae, c’est que Père indigne m’a fait l’honneur de signer la préface du livre qui s’en vient. Père indigne a pris sa plume… et je suis pas mal fière de lui.

Je viens d’envoyer son texte à l’éditeur, alors fallait que je vous en parle.

Sur ce, bon week-end!

Mea culpa

2 février 2007

Mes plus plates excuses à Caroline à Londres pour ne pas, lors de l’émission de radio d’hier, l’avoir nommément citée alors que je discutais d’un de ses anciens billets, mais surtout pour avoir mal rapporté son argument.

Par ailleurs, mon point ne concernait pas vraiment la question du nombre de commentaires sur les blogues (bien que ceux-ci soient quand même la manifestation de la participation des gens au blogue, point que Caroline soulève dans le billet susmentionné), mais j’utilisais plutôt la réflexion de Caroline comme tremplin pour souligner le fait que les filles se perçoivent souvent comme ayant des sites moins fréquentés que ceux des hommes. (Peut-être que j’ai totalement tort sur ce point également.)

En bref, non seulement j’ai mal cité et mal compris Caroline, mais je me suis mal exprimée! La totale!

Ce n’est pas plus mal que l’émission ne soit pas disponible sur le Web, finalement… ;)

Ceci dit, merci à Michel pour cette belle occasion de discuter. Martine discute de l’émission et propose une réflexion intéressante sur son blogue.

Non! Pas des blogueuses à la rédio?

1 février 2007

Oui! Nommément Martine Pagé, Chroniques blondes et moi-même, à CIBL, aujourd’hui même.

Syntonisez-moi le piton de votre radio ou de votre Internet pour exactement 13h, et vous aurez la merveilleuse opportunité d’écouter un segment de radio “100% pitoune”. L’expression est de Michel Dumais, animateur et gourou de ce rassemblement qui s’annonce échevelé.

Quoique, 100% pitoune, c’est pas vrai, puisque Michel sera là. Et Michel, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, c’est de la vraie testostérone sur deux pattes.

On va l’appeler Michel XXX, tiens. I’m on a roll, hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!

Quoiqu’il en soit, moi et les girls, on va monter notre tente dans le studio et on va jouer à Vérité ou Conséquences.

À voir (euh, seulement à entendre, malheureusement) absolument.

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J’peux pas croire qu’on passera jamais à la TV.

Courrier du lecteur

31 janvier 2007

Ah, les filles. J’ai reçu un courriel de gars et, vous connaissez ma grande générosité, je me suis dit que je le partagerais avec vous.

Précisons que l’auteur, un certain Fervent Lecteur, m’a envoyé cette lettre dans un esprit de franche rigolade. Mais il m’a donné la permission de reproduire son message en me confessant une légère crainte que je lui fasse du mal par des commentaires assassins. Pauvre Fervent Lecteur! Ne se doute-t-il pas que, toutes autant que nous sommes, nous ne demandons qu’à profiter du moindre prétexte pour faire se déployer, dans toute sa splendeur, notre instinct maternel millénaire?

Lisez donc, mesdames, et attendrissez-vous.

***

Chère Mère indigne,

Votre article du 19 décembre, Esprit des Fêtes, es-tu là?, me plonge dans une certaine perplexité. Votre sœur perd votre fille au théâtre, ça va. Vous donnez des boules de Noël à manger à vos enfants, je peux comprendre. Mais il y a un point que je ne peux passer sous silence : l’arbre généalogique des Indigne.

Au début, je pensais que les Indigne portaient le nom du père. En bonne mère qui veut bien faire, vous avez pris le nom de votre mari, M. Indigne. C’est pourquoi vous vous appelez Mère indigne.

Mais si « Indigne » est le nom de votre mari, cela voudrait dire que votre sœur ne peut pas être une Indigne elle aussi. À moins que Père indigne ne soit pas votre mari et/ou que votre sœur porte le même nom de famille que le père de vos enfants. Ce qui voudrait dire que a) votre nom de fille est aussi Indigne, et c’est une heureuse coïncidence. Deux parents Indigne se sont rencontrés pour former un couple et avoir des enfants. Ces choses-là arrivent. Ou sinon, b), vous venez d’une famille reconstituée, votre nom de fille n’est pas Indigne, bien que le fut le nom de votre sœur (ces choses-là arrivent aussi).

J’arrive à cette conclusion parce que votre beau-frère est un Adoré. Votre sœur ne peut donc pas tenir son nom de lui, à moins qu’elle ne le tienne d’un autre mariage, avec un Indigne, qui serait, ou ne serait pas, un parent de Père indigne.

Reste la question de vos enfants. Avez-vous choisi de créer une nouvelle lignée afin que le nom des Indigne se perdre dans l’histoire? Ou, simplement, vous avez fait face à l’intransigeance d’un fonctionnaire du bureau du Directeur de l’état civil qui a refusé d’inscrire « Fille indigne » à son registre? Non mais y’a vraiment du monde « straight » dans la fonction publique!

Et le bébé, il s’appelle « Bébé » parce que vous ne lui avez pas encore trouvé un nom?

Dans tous les cas, je pense que cette histoire n’est pas très nette. Il y a beaucoup trop de métissage dans le cercle des Indigne, et du monde de même, ça ne devrait pas avoir d’enfants.

Signé: Fervent Lecteur

***

Non, mais, est-ce que ce n’est pas chou-mignon comme tout, une lettre comme ça? Déjà que, je ne sais pas pour vous, mais le “fervent” de “Fervent Lecteur” me rendait déjà ce correspondant éminemment sympathique.

Bon, c’est sûr, il a tout faux.

Si ce n’est pas dommage de penser que, pour certains, “matriarcat” est une marque de nourriture pour félins.

Et puis, Fervent Lecteur, c’est quoi cette idée de vouloir à tout prix étreindre (de vos bras que nous souhaitons puissants, n’est-ce pas, mesdames?) une généalogie dans laquelle je ne me retrouve pas moi-même?

Mais qu’à cela ne tienne, cher ami. Vous vous êtes penché sur nos affaires de mères! Par conséquent, nous vous aimons, et nous vous le prouvons.

Primo, dorénavant, je vais vous appeler “Jean-Pierre XXX”. Ne succombez pas à votre sale manie en cherchant un quelconque lien de filiation avec Jean-Louis ou le grand Rocco, ce serait vain. C’est juste que, d’après la théorie de Pavlov, ça va faire saliver les lectrices. (Ne me remerciez pas, pensez plutôt “chèque”.)

Secondo, dans notre tête, nous vous imaginerons beau, grand, jeune (les filles qui aiment les vieux, c’est tellement dépassé). Quoique, point n’est besoin d’imaginer trop loin: à la seule lecture de votre lettre, Jean-Pierre, on comprend que, dans vos yeux, brille l’étincelle qui trahit votre appartenance à la grande tradition des porteurs de bobettes.

Et ça, dans notre secte, c’est tout ce qui compte.

Enfin, ça, et aussi les photos. De bobettes. Très important, les photos de bobettes. Envoyez le tout à l’adresse habituelle, cher lecteur, et notre instinct maternel vous idolâtrera pour les siècles et les siècles.

Sacré Jean-Pierre, vous en avez de la chance.


Auteur des Chroniques d'une Mère indigne: Caroline Allard. Tous droits réservés